L’impact du secteur de la santé sur l’environnement : médicaments et dispositifs médicaux

Les médicaments et dispositifs médicaux représentent à eux seuls plus de la moitié des émissions du secteur de la santé. Premier poste d’émissions, les médicaments en représentent 30% (dont 23% qui proviennent de la consommation de ville).

L’empreinte carbone de 1000 € de médicament équivaut environ à celle de la production de 125 kg de viande de bœuf

Ils sont suivis de près par les dispositifs médicaux, qui sont responsables de 21% des émissions du secteur et sont considérés comme le deuxième principal poste d’émissions.

Pour aller plus loin : le parcours du médicament

L’approvisionnement des médicaments repose sur une chaîne complexe. Cette dernière peut notamment être éclatée géographiquement.
C’est fréquemment le cas de l’étape de production industrielle. Elle peut être séquencée dans différents pays (production du principe actif, mise sous forme pharmaceutique, conditionnement) impliquant de nombreux transports internationaux intermédiaires en sus. La majeure partie de cette étape se fait à l’étranger.

80% des principes actifs contenus dans les médicaments consommés en France sont produits en Chine

Parmi les principaux médicaments utilisés à l’hôpital, 17% sont produits en France

Attention, il suffit qu’une seule des étapes de production soit faite dans le pays pour que le médicament soit considéré comme « fait en France ».

Quels sont les leviers d’action disponibles pour réduire ces émissions ?

Levier 1 : diminuer le recours aux médicaments

La France est le 5ème consommateur mondial de médicaments, avec une moyenne de 48 boîtes par an et par habitant. A titre d’exemple, environ 500 millions de boîtes de paracétamol sont vendues chaque année en France, soit en moyenne 7 boîtes par personne.

Au sein de cette forte consommation, 20 à 30% des prescriptions sont jugées non pertinentes et 10% des médicaments vendus en officine ne sont pas utilisés. Cela représente 19 000 tonnes de Médicaments Non Utilisés générées chaque année par les particuliers.

Le travail sur la juste prescription est donc un levier d’action fort pour diminuer le recours aux médicaments.

Le gaspillage des produits de santé, et particulièrement des médicaments, est un enjeu d’ampleur, en ville mais également dans les établissements de santé.

Les causes de gaspillages sont multiples :

  • Périmés
  • Non remise en stock à la PUI, malgré un circuit de retour
  • Traitements personnels
  • Retour en rétrocession
  • Médicaments non administrés
  • Médicaments altérés
  • Médicaments incomplets

Mais toutes ne se valent pas. En effet, la première cause de gaspillage de médicaments à l’hôpital est les périmés, représentant près d’un tiers du gaspillage. C’est donc la première cible des actions à mener pour réduire ces pertes.

C’est ce que montre l’étude de l’Omedit, « Médicaments à l’hôpital : Pourquoi et combien on jette ? »

Levier 2 : Réduire le gaspillage de produits de santé 

Deux actions principales peuvent être mises en œuvre dans les établissements de santé :

Améliorer la gestion des stocks pour diminuer les périmés à la PUI

  • Mettre en place un logiciel de gestion de stock pour assurer des commandes aux fournisseurs en adéquation avec les stocks
  • L’automatisation peut faciliter la gestion des périmés et permettre un pilotage fin et en temps réel des stocks

 

Réduire le surstockage dans les services de soins pour y diminuer les périmés

  • Mettre en place un circuit de retour des médicaments à la PUI avec réintégration en stock
  • Réintégrer des références en stock à la PUI pour en maîtriser l’approvisionnement
  • Réviser régulièrement les dotations, ou mettre en place une dispensation reglobalisée
  • Professionnaliser la gestion du stock
  • Mettre en place la dispensation nominative lorsque possible

Pour aller plus loin : La réduction du gaspillage des produits de santé révèle d’un double intérêt à agir : l’amélioration des performances économiques et la réduction des impacts environnementaux.

En une semaine, 210 établissements peuvent gaspiller plus de 700 000 € de médicaments !

– Enquête Omedit –

Les bénéfices environnementaux rejoignent ici les bénéfices financiers et le gaspillage représente donc un fort enjeu et levier d’optimisation. De plus, la réduction des périmés, premier levier d’action pour la réduction des émissions, est aussi le plus impactant financièrement. En effet, les médicaments périmés représentent 51% du gaspillage en valeur financière, contre 32% en UCD.

Levier 3 : Réduire l’impact des produits de santé choisis

A utilisation équivalente, il existe des alternatives moins polluantes à privilégier :

Privilégier des principes actifs moins polluants

  • Privilégier, dans les blocs opératoires, les solutions intraveineuses aux gaz anesthésiants halogénés, qui sont 250 fois plus émetteurs en GES et coûtent plus chers

Privilégier les formes moins polluantes, pour un même produit ou principe actif

  • En réanimation, les poudres sèches doivent être préférées aux aérosols qui polluent 40 fois plus
  • En général, les comprimés ou gélules sont un choix préférable aux injectables dont la production émet 40 à 70 fois plus 1

1 C’est ce que montre cet article de la revue the BMJ, « Sustainable practice: Prescribing oral over intravenous medications »

Levier 4 : Faire évoluer la réglementation et la politique de production

Trois actions principales peuvent être mises en œuvre à l’échelle nationale ou européenne :

  1. Mettre en place une politique d’achats éco-responsables (pour tous les équipements et services) et rendre obligatoire et déterminante l’empreinte carbone par produit dans les appels d’offres
  2. Relocaliser partiellement certaines molécules essentielles en Europe. Cela doit s’accompagner d’une décarbonation profonde des processus de fabrication et de distribution
  3. Conditionner la délivrance ou le renouvellement de l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) à la publication du contenu carbone du médicament

Cas pratique Adopale

Type d’établissement : un centre hospitalier public de près de 600 lits et places

Budget annuel de médicaments : 2,3 M€.

Empreinte carbone de la consommation de médicaments : 1 243 tonnes eqCO2 *

  • soit l’équivalent de 1380 aller-retours Paris-NY pour une personne en avion
  • soit l’équivalent de 163 tours de la Terre en voiture

Volume financier des retours annuels de médicaments des services vers la PUI : 140 000 €

Actions mises en place

La remise en stock de ces retours permet non seulement d’éviter une perte financière mais également d’éviter 76 tonnes eqCO2 * / an, soit 6% des émissions de GES liées aux médicaments de cet établissement.

Cette action peut être renforcée par une incitation des services à retourner plus régulièrement leurs médicaments à la PUI.

* eq CO2 calculé à partir du ratio monétaire de l’ADEME

Un petit point sur la méthodologie de calcul des eqCO2

Jusqu’en 2023, la méthode utilisée pour le calcul des émissions liées aux produits de santé (médicaments, dispositif médicaux, …) se base sur un ratio monétaire, appelé facteur monétaire. L’ordre de grandeur de ce ratio en France est consolidé (quelques centaines de kgCO2e/k€ pour les médicaments), mais chaque méthodologie et chaque étude lui donnent une valeur différente. Il était donc difficile d’estimer les émissions liées aux produits de santé avec moins de 20% d’incertitude.

C’est une méthode qui reste très utile pour connaitre les volumes à l’échelle nationale. Mais elle n’est pas suffisante pour permettre à des acteurs d’agir pour réduire leurs émissions. Comment comparer deux produits équivalents ? Comment favoriser les produits les moins polluants ? Comment choisir en tant que consommateur ?

Aujourd’hui, une nouvelle méthode émerge : l’analyse de cycle de vie par produit et forme. C’est la méthode qu’a choisie notre partenaire Ecovamed pour aider les établissements de santé qui souhaiteraient réduire leurs émissions.

Cette méthodologie consiste à construire une base de données qui concatène les résultats des analyses de cycle de vie de chaque produit de santé pour calculer les émissions liées aux produits de santé à l’échelle d’un établissement de manière précise, comparer les produits entre eux et choisir les produits les moins émetteurs.

L’empreinte carbone de 10 boîtes d’ibuprofène de 12 comprimés 400 mg équivaut à celle d’un trajet de 48 km en voiture thermique diesel, soit 6,8 kgCO2 eq

C’est notamment cette méthodologie qui permet d’actionner le levier d’action 3, y compris à l’échelle d’un établissement ou d’un individu.

Et Adopale dans tout ça ?

Adopale s’engage à son échelle sur les sujets de transition écologique :

En interne, depuis 2019, différentes actions ont été menées, avec des impacts de différentes natures.  

Réalisation du bilan carbone – Compensation de notre impact carbone grâce à divers projets (projet de reboisement, projets de transition d’un agriculteur) – Participation collective à un atelier « fresque du climat » et « fresque du numérique » – Dynamique de repas végétariens – etc.

Auprès de nos clients et partenaires, convaincus du besoin et de la nécessité croissante d’initier un changement sur ces sujets dans les établissements de santé, nous avons lancé en 2022 une offre spécifique nommée « Carbone Impact », proposant des projets « sur étagère », permettant une réduction des émissions carbone et prenant en compte les doubles enjeux de ROI financier et de faisabilité opérationnelle.

Plusieurs de nos collaborateurs se sont également formés pour être animateurs Plan Health Faire, et proposent aujourd’hui de la sensibilisation dans les établissements qu’ils accompagnent.

C’est également dans le cadre d’une volonté de sensibiliser nos clients et nos partenaires que nous avons créé un atelier ludique reprenant les principaux postes d’émissions. Pour chacun d’eux, nous y rappelons des éléments factuels et chiffrés sous forme de quizz et présentons des leviers d’actions ainsi que des mises en application dans des établissements.

Vous pouvez en retrouver le contenu dans ces différents articles :

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – introduction

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – Les médicaments et dispositifs médicaux

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – Le bâtiment

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – Les déplacements

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – L’alimentation

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement – Les déchets

 

Nous nous tenons également à votre disposition pour échanger sur le sujet, si cela vous intéresse.

L’impact du secteur de la santé sur l’environnement

Depuis quelques années, le secteur de la santé est à son tour pointé du doigt pour sa consommation énergétique et son impact carbone. Publications de l’ADEME, du Shift Project, objectif Ségur de la Santé de créer 150 postes de conseillers en transition énergétique et écologique, accompagnements ciblés par les ARS, par l’ANAP, etc. Autant d’actualités qui prouvent que la dynamique de transition est enclenchée dans le secteur. De plus en plus d’établissements et de groupements hospitaliers se lancent dans des mesures de réduction de leurs gaz à effet de serre, créant un cercle vertueux qui montre qu’il est possible d’agir.